(Janvier - décembre 2006)
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De prime abord, la pratique des atteintes systématiques aux droits fondamentaux qui a depuis longtemps caractérisé la région semble être restée solidement ancrée et, si l’on ne prenait en compte que le nombre effroyable d’atteintes aux droits humains perpétrées par toutes les parties au conflit en Irak, la persistance du conflit entre Israéliens et Palestiniens et certaines idées exprimées par le nouveau président iranien, la situation pouvait paraître bien sombre.
Malgré tout cela, certains signes donnaient à penser que l’année 2005 pourrait inaugurer une dynamique nouvelle, ainsi que la remise en question d’anciennes certitudes. Le mur de l’impunité qui protégeait de nombreux auteurs d’actes de torture et d’homicides politiques, entre autres atteintes aux droits humains, a commencé à se fissurer. L’ancien président irakien Saddam Hussein a été traduit en justice pour l’exécution de villageois en 1982, et le Conseil de sécurité des Nations unies a ordonné une enquête sans précédent qui révélé l’implication de dirigeants syriens et libanais dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, perpétré en 2005.
Au Maroc, la première commission de la vérité mise en place dans le monde arabe a fourni des éclaircissements sur les atteintes graves aux droits humains commises pendant plus de quarante ans ; elle a permis au moins à certaines victimes d’obtenir la reconnaissance de ce qu’elles avaient subi ainsi qu’une réparation, sans toutefois que justice ne leur soit encore rendue. En Libye, les autorités ont annoncé l’ouverture d’une enquête qui n’avait que trop tardé sur les homicides ou les «disparitions» de plusieurs centaines de prisonniers dans la prison d’Abou Salim, à Tripoli, en 1996.
Les femmes, depuis longtemps victimes de discrimination dans la législation et en pratique, ont fini par obtenir le droit de vote au Koweït, et une meilleure reconnaissance de leurs droits fondamentaux en Algérie et au Maroc, entre autres. Même en Arabie saoudite, l’exclusion des femmes des premières élections municipales de l’histoire du pays a provoqué un débat et suscité des pressions accrues en faveur du changement.
Seul le temps dira si ces évolutions étaient les premiers signes d’un changement réel et depuis longtemps nécessaire, ou si elles n’étaient que des cas particuliers, à contre-courant de la tendance générale. Toutefois, l’émergence d’une communauté de plus en plus active de défenseurs des droits humains s’exprimant ouvertement constitue un tournant prometteur. Avec Internet et le développement des chaînes de télévision diffusées par satellite, ces militants ont pu transmettre des informations et partager des idées au sein de la région et au-delà, sans être entravés par les frontières nationales. Ils ont également bénéficié de la force et de la solidarité des alliances régionales et mondiales auxquelles ils étaient partie prenante.
Toutefois, l’année a aussi été marquée par la répression et la détresse pour un nombre beaucoup trop élevé d’habitants de la région dont les droits ont été violés ou niés. Certains ont été pris pour cible à cause de leurs opinions politiques, d’autres du fait de leur religion ou de leur origine ethnique, d’autres encore à cause de leur orientation sexuelle. Dans toute la région, des femmes ont été victimes de différentes formes de discrimination et de violences liées au genre. D’autres, en très grand nombre, n’ont pas été en mesure d’exercer pleinement leurs droits économiques, sociaux et culturels.
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